Pont du Gard et Patrimoine

Notre point de vue sur la gestion du Site du pont du Gard

mercredi 21 janvier 2009 par Jean-Yves Gréhal

Depuis l’ouverture du Site du pont du Gard, l’établissement gestionnaire est lourdement déficitaire. Nous pensons que cette situation inévitable ne doit pas conduire à la réduction des ambitions culturelles du Site, mais à leur renforcement, en particulier grâce à la gratuité des espaces muséographiques.

Notre point de vue sur une autre gestion du site du pont du Gard
Ou
Comment sortir de l’impasse ?

L’association « Pont du Gard et Patrimoine » n’entend pas critiquer la gestion actuelle de l’établissement public, enfermée dans des contraintes contradictoires qui, de son point de vue, en rendent l’équilibre impossible. Elle suggère une nouvelle orientation clairement culturelle, non élitiste, conforme au « génie » du lieu, dont la logique est de reconnaître que l’ambition a un coût collectif qu’il faut assumer. Ce constat ne conduit pas à accepter une gestion laxiste. Elle impose au contraire la plus grande rigueur aux gestionnaires pour assurer le meilleur emploi des fonds publics.

Un peu de nostalgie :


Jusqu’au tournant du millénaire, l’accès du pont du Gard était libre. Certes, des parkings sur chaque rive étaient proposés aux visiteurs, mais y laisser son véhicule constituait une facilité, nullement une obligation. Une foule débonnaire déambulait autour et sur le pont (jusque sur la couverture en dalles du canal, tout en haut de l’ouvrage, ce qui était à la fois grisant et dangereux). Les plages du Gardon, près du pont, étaient des lieux de baignade très fréquentés, où l’on passait un moment à barboter dans l’eau fraîche sans toujours réaliser le privilège inouï que représentait le fait d’évoluer avec, pour dominer ses ébats aquatiques, la silhouette sublime du pont. Le pont routier était ouvert aux véhicules, y compris les cars. Cette animation avait son charme, mais représentait un danger évident pour l’ouvrage et ses abords. La préservation des vestiges fragiles n’était pas assurée. Le passage des véhicules sur le pont routier ne pouvait manquer d’ébranler le pont du Gard, dont il est contigu. Il existait donc un vrai besoin de protection du pont du Gard et des autres vestiges de l’aqueduc et, sans doute, encore qu’elle n’ait pas été exprimée par tous, une aspiration à leur mise en valeur culturelle.
Beaucoup de Gardois et spécialement les habitants des communes riveraines ont gardé le regret de cette période bon enfant. Le pont était là. Il avait l’air éternel. On y allait à chaque instant dans la plus grande liberté. Où était le problème ?

Convergence d’objectifs :


Le souci de la préservation du monument et des appétits commerciaux ont conduit, dans les années 90, à l’élaboration de projets de mise en valeur du site du pont du Gard impliquant, en contre partie d’équipements et de services la quasi obligation pour les visiteurs d’y dépenser de l’argent.

Le CIDS (Comité intercommunal de défense du site du pont du Gard), dont l’association Pont du Gard et Patrimoine est la descendante directe, s’est constitué pour combattre le principal de ces projets qui aurait fait du site du pont du Gard un hybride assez hideux de parc d’attraction et de site culturel, le tout au prix d’atteintes injustifiées au milieu naturel et pour un prix très élevé. Son combat a été victorieux et s’est achevé par le retrait du projet et la création du "Site du pont du Gard" tel que le visiteur le découvre aujourd’hui, avec des installations que l’on peut plus ou moins apprécier mais qui n’ont aucun impact sur le site, tout en étant fonctionnelles bien que surdimensionnées (mais c’est un autre débat). Le coût de cette réalisation, largement supérieur aux estimations initiales, est resté bien inférieur à ce qu’aurait été celui des projets initiaux.


La gestion actuelle :


Bien que le pont du Gard lui-même appartienne à l’Etat, la réalisation du Site du pont du Gard et sa gestion ont incombé au département du Gard qui les a concédées à la Chambre de Commerce et d’Industrie (CCI) de Nîmes par deux conventions successives de 1996 et 1997.
En juin 2000 le Site du pont du Gard a été ouvert au public, puis les espaces d’exposition en mars 2001. Sans susciter des éloges enthousiastes, l’ensemble de la réalisation a été bien accueilli mais très vite la gestion de l’ensemble a tourné au cauchemar pour la CCI en raison des lourdes pertes d’exploitation. Sous-estimation des dépenses plus surestimation des recettes prévisionnelles : l’exploitation du Site du pont du Gard est un gouffre. Il ne peut en être autrement. En effet, toute tentative de rendre payant l’accès entraînerait très probablement une réduction importante de la fréquentation. Seule la profondeur du gouffre est susceptible de varier, en fonction de la politique du gestionnaire du Site.
De fait, la CCI n’a pas tardé à jeter l’éponge, réalisant l’impasse dans laquelle elle s’était fourvoyée. Le 5 avril 2003, l’EPCC, (Établissement Public de Coopération Culturelle du Site du pont du Gard) a été créé, à la faveur de la mise en place par la loi de ce nouvel outil de gestion publique.
Le Site du pont du Gard est dirigé par un directeur choisi par le conseil d’administration. Il est à la tête d’un personnel permanent d’une centaine de personnes.
L’EPCC est appuyé sur des collectivités publiques qui abondent son budget, structurellement déficitaire. Les recettes d’exploitation représentent environ la moitié des dépenses. Il est donc dans une situation inconfortable. Conserve-t-il d’ailleurs une réelle autonomie vis-à-vis de ses bailleurs de fonds ?

Quelques idées simples :


La surestimation dans les études initiales et les budgets prévisionnels du nombre des visiteurs du pont du Gard et, dans des proportions encore plus flagrantes, de celui des visiteurs du musée, est à la source d’un désastre budgétaire pour les collectivités publiques qui assurent les fins de mois de l’établissement. Désastre budgétaire à mettre en balance avec la réussite de l’aménagement du Site du pont du Gard pour nuancer le jugement d’ensemble sur l’opération.
Rendre payant le droit de contempler le pont du Gard, confier la gestion du Site à une entreprise privée, sont autant de solutions dont nous pensons qu’elles ne résoudraient rien sur le plan financier car elles provoqueraient une lourde chute de fréquentation. Elle se traduirait en outre par une profonde régression culturelle et par le sentiment des riverains de se voir confisquer « leur » pont du Gard.
Nous proposons une démarche opposée :
D’une part, effectuer une « relance culturelle du pont du Gard » en décidant la gratuité d’accès aux espaces muséographiques ;
D’autre part supprimer les « évènements » organisés sur le Site qui grèvent son budget sans assurer son rayonnement.

Assurer la gratuité des espaces muséographiques :


Nous demandons que l’accès aux espaces muséographiques soit désormais gratuit et que ces espaces fonctionnent en centre d’interprétation de l’aqueduc de Nîmes. Nous estimons que la « valeur ajoutée » que représenterait l’accès à ce centre d’interprétation relancerait la fréquentation globale du Site du pont du Gard. On peut raisonnablement penser que la gratuité du musée serait « gratuite » (en ce sens qu’elle n’impliquerait pas de charge budgétaire nouvelle) pour les collectivités publiques, car elle serait au moins compensée par l’augmentation des recettes des parkings résultant d’une reprise de la fréquentation. Nous pensons qu’il faut pleinement assumer la mission culturelle des espaces muséographiques dont l’insuffisante fréquentation tient essentiellement au coût de l’entrée.
Parler de gratuité, prétendre faire des économies en rendant gratuit un service payant, pourraient sembler inconséquent en période de disette budgétaire. Mais outre que personne ne peut démontrer que notre proposition de gratuité aurait un coût qui ne serait pas compensé par les recettes supplémentaires liées au surcroît de fréquentation des parkings et des boutiques, il faut aussi prendre en considération des retombées indirectes sur l’économie locale : l’augmentation de la fréquentation du Site pont du Gard et l’allongement du temps passé sur place par une partie de ses visiteurs auraient nécessairement des effets bénéfiques sur les activités des nombreux commerçants des villages et villes voisins, des vendeurs saisonniers et des gestionnaires d’hébergements.

Supprimer les « évènements » non rentables ou non liés à l’objet du Site du pont du Gard :


La gratuité des espaces muséographiques pourrait, de toute façon, être plus que compensée par la suppression de la plupart des « événements » dont le Site du Pont du Gard est le théâtre et qui nous paraissent caractérisés par leur coût démesuré et leur absence de tout lien avec le génie du lieu. Ni évocateurs de la Romanité, ni liés à l’eau, ni même ancrés dans l’histoire locale, ces « évènements sont en outre perçus comme des nuisances par les riverains.
De grands spectacles destinés à un large public ont eu lieu au pont du Gard. Le Site n’était que l’aire d’accueil de manifestations qui auraient pu se dérouler n’importe où ailleurs, sur des terrains d’une capacité suffisante. Ils se sont traduits par de lourdes charges budgétaires, sans aucune recette commerciale pour le site. En outre, l’accès au pont du Gard n’est pas conçu pour des assistances importantes : les deux parkings en cul de sac provoquent des embouteillages importants au moment de l’arrivée des spectateurs et à leur départ, s’étendant bien au-delà du périmètre du site. Leur capacité insuffisante génère un stationnement sauvage sur les voies publiques alentour (lors de la nuit électro-acoustique de 2007, des véhicules garés au milieu du RD 981 créaient un danger important sur cet axe très fréquenté). Nous ne voulons pas insister sur les frais entraînés pour la collectivité par la mobilisation de forces de police et de moyens de secours ni sur les risques exposés du fait de pareils concentrations de spectateurs dans des lieux non conçus pour les recevoir. Tout au plus signalera-t-on l’exaspération des riverains devant les nuisances sonores de ces manifestations.
Nous demandons donc qu’il soit mis fin à ces « évènements » inutiles et coûteux pour le Site. Pour nous les manifestations culturelles organisées par le Site ou avec sa participation doivent satisfaire à l’un ou l’autre des critères suivants :
- >>Etre étroitement liées au pont du Gard, à l’aqueduc de Nîmes ou aux sujets connexes ;
- >>Etre étroitement liées au territoire dans lequel s’inscrit l’aqueduc et à sa promotion culturelle et touristique.
Nous n’attendons pas du Site qu’il se comporte en mécène, mais qu’il fasse profiter les communes de son rayonnement et s’entende avec elles pour créer une « saison culturelle et artistique des communes du pont du Gard », fédérant les initiatives existantes ou à venir dans une offre culturelle cohérente présentée sous une forme attractive. Ces initiatives seraient à l’échelle des capacités d’accueil des villages et pourraient concerner des disciplines artistiques très diverses.

Le Site du pont du Gard est un splendide objet de culture. Il faut en accepter le coût (tout en s’interdisant tout gaspillage !), en rejetant définitivement toute tentation de le « rentabiliser » comme un objet de commerce, ce que nous croyons être un objectif hors d’atteinte.


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