Pont du Gard et Patrimoine

Le Castellum

dimanche 1er mars 2009 par Jean-Yves Gréhal

Le Castellum servait à la distribution de l’eau de l’aqueduc de Nîmes dans le réseau de la cité. Un tel ouvrage est exceptionnel : on n’en connaît que deux en bon état de conservation.

A l’écart du centre historique de Nîmes, le Castellum est peu mis en valeur. Pire, il y a quelques décennies, ce monument exceptionnel a failli être démonté pour « valoriser » une ZUP à laquelle il manquait un « objet » culturel. Fort heureusement, une association s’est mobilisée pour qu’il reste en place.

Exceptionnel, le Castellum l’est assurément, car il ne subsiste que deux exemples de bassin terminal de répartition des eaux d’un aqueduc dans le monde romain. L’autre est celui de Pompéi, plus petit mais aussi plus complet.
Castellum
Le Castellum se présente sous la forme d’un bassin circulaire de 20 pieds romains (5,95 mètres) de diamètre, représentant un volume d’environ 16 mètres cube pour une hauteur d’eau de 1,3 mètres. Remarquons que ce volume était trop limité pour parler de « château d’eau » d’une ville de 20.000 habitants. On se trouve bien en présence d’un simple ouvrage de répartition
Castellum Détail 4
L’arrivée de l’aqueduc présente une section carrée d’un mètre vingt de côté. On remarque qu’elle ne débouche pas exactement dans l’axe du bassin. Légèrement décalée, cette arrivée générait un mouvement tournant dans le bassin, sans doute pour améliorer l’écoulement des eaux.
Castellum Détail 1
Sur la circonférence s’ouvrent, à 60 centimètres du fond, dix orifices circulaires d’une quarantaine de centimètres de diamètre qui servaient à la distribution des eaux. Ils sont groupés deux par deux et séparés par des massifs de maçonnerie à l’extérieur du bassin. Les deux orifices centraux débouchaient à l’air libre dans un bassin dans lequel on a retrouvé des monnaies antiques (l’habitude de lancer des piécettes dans les bassins n’est pas nouvelle). Les deux groupes latéraux de quatre orifices étaient prolongés par des conduites en plomb, dont le tracé est inconnu.

Ces conduites fournissaient la ville en eau de qualité, satisfaisant les divers besoins auxquels répondait l’aqueduc : confort individuel et collectif des habitants, fontaines, lutte contre l’incendie, etc.
Castellum Détail 2
Au fond du bassin, trois orifices d’une quarantaine de centimètres de diamètre servaient à la vidange de l’ensemble et à l’évacuation du trop plein. Peut être étaient-ils surmontés de tubes métalliques d’une longueur égale à la hauteur d’eau souhaitée dans le bassin. Ces tubes en place, le niveau d’eau était constant. Enlevés, ils permettaient de vider complètement le bassin pour le nettoyer, à la condition d’avoir coupé l’arrivée d’eau quelque part en amont, dans un bassin de régulation. On en connaît deux sur le parcours de l’aqueduc, près de la source d’Eure et juste avant le pont du Gard. On peut penser qu’il en existait d’autres pour donner de la souplesse à la gestion de l’ouvrage.

Les eaux recueillies par les orifices situés au fond du bassin s’écoulaient directement dans les égouts.

Le Castellum devait être surmonté d’une construction sensiblement circulaire, coiffée d’une coupole. Les murs entourant le bassin étaient décorés de fresques encore visibles à la redécouverte de l’ouvrage, en 1823. Il n’en reste rien aujourd’hui. Le trottoir circulaire entourant le bassin était protégé par une grille dont on peut observer les trous de fixation.

On relève aussi les traces de la présence d’une grille au fond du bassin, qui devait éviter l’entrée de déchets (végétaux par exemple) dans les canalisations de distribution. L’emplacement d’une autre grille est bien visible au débouché de l’aqueduc. Servait-elle également à retenir des déchets ou protégeait-elle d’éventuelles intrusions par la conduite ?
Il n’y a pas de trace probante de l’existence d’une vanne à l’entrée du bassin. En toute hypothèse, sa fermeture aurait fait monter le niveau dans la conduite, au péril de l’ouvrage. Cela confirme que l’alimentation en eau devait être interrompue plus en amont en cas de besoin.

L’étude du Castellum est riche d’informations sur l’aqueduc :

- =>On repère d’emblée la différence d’altitude entre le Castellum et la Fontaine de Nîmes : les quelques douze mètres de différence permettaient d’alimenter sous pression une large partie de la ville non desservie par la Fontaine de Nîmes. Ainsi s’explique la construction de l’aqueduc de Nîmes, un ouvrage colossal pour une ville établie sur une nappe phréatique superficielle et abondante.

- =>On a retrouvé, prises dans des concrétions, des monnaies antérieures à l’an 70. Il est donc certain qu’à cette date l’aqueduc fonctionnait.

- =>On remarque des concrétions sous les dalles de couverture de la conduite d’arrivée. Elles montrent que l’aqueduc a fonctionné durablement de manière dégradée, la conduite, non régulée, étant en charge. Des concrétions existent également dans des orifices situés dans la dalle couvrant la conduite, par lesquels passaient les barreaux de la grille. C’est donc que l’eau débordait par ces orifices.

Par contre la visite du Castellum ne permet pas de trancher entre les deux hypothèses d’exploitation de l’aqueduc, la simple conduite ou l’aqueduc-réservoir. Tout au plus peut-on avancer que le Castellum ne pouvait avoir seul une fonction de réservoir, en raison de ses faibles dimensions.

Dates : Repères chronologiques fournis par Claude Larnac

- Les vestiges du Castellum ont été enfouis vers 1687-88 sous les déblais de la construction de la citadelle édifié sous Louis XIV, après la révocation de Édit de Nantes (1685). (Léon Ménard -1696-1767-, conseiller au présidial (tribunal) de Nismes, membre de l’académie des inscriptions et belles lettres, et de l’académie royale de Nismes, historien de la ville de Nîmes, évoquait l’existence du Castellum, par ouï-dire, car il ne l’avait jamais vu).

- Ce fut en 1823, que fut redécouvert le Castellum, à la suite du déblayement d’un espace attenant au bastion qu’on devait agrandir pour transformer la citadelle en maison d’arrêt, puis en maison centrale ;
1855, la ville de Nîmes et l’État achetèrent le Castellum ;
1856, restauration du bassin par Henri Revoil (1822-1900), architecte des Monuments historiques, auteur de Architecture romane dans le Midi de la France ;

- 1876, l’architecte nîmois Auguste Pelet exécute à l’échelle 1/100 la maquette en liège, des monuments nîmois et de la région (ces maquettes exposées au musée des Antiquités au château de Saint-Germain-en-Laye). Il donne une description fiable du Castellum ;
- 1887, classement du Castellum, parmi les Monuments historiques ;
1966, projet de transférer le Castellum vers la ZUP-ouest de Nîmes. Opposition virulente (et victorieuse) d’une association animée par André Nadal, professeur de mathématiques au lycée national de Nîmes (actuel Lycée Daudet) ;

- 1974, André Nadal publie les résultats des études qu’il a menées sur le Castellum : détermination du centre de courbure de la grille filtrante protectrice des tuyaux de distribution, élaboration d’hypothèses sur le rôle joué par une vanne au débouché de l’aqueduc sur le bassin ;
1992, à l’initiative des archéologues du CNRS, dégagement des conduites souterraines hydrauliques partant du Castellum.

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